Circulaire du 19 octobre 1967 (Éducation nationale - Jeunesse et Sports)

Auteurs1967

n1c0 

INSTRUCTIONS OFFICIELLES DU MINISTRE

AUX PROFESSEURS ET MAITRES D'ÉDUCATION PHYSIOUE ET SPORTIVE

Circulaire du 19 octobre 1967 (Education nationale ‑ Jeunesse et Sports).

L'organisation des activités physiques et sportives, en milieu scolaire et Universitaire, et l'insertion du sport, phénomène social et culturel, dans les programmes d'enseignement soulèvent un certain nombre de problèmes pédagogiques. Aussi me paraît‑il indispensable :

  • de préciser la notion d'éducation physique et de situer cette discipline parmi les autres ;
  • de définir son domaine et d'introduire, entre les activités physiques et sportives qui en constituent la matière, ne cohérence qui est le préalable indispensable à l'élaboration d'un programme ;
  • de faire apparaître l'étendue de la responsabilité des éducateurs dans l'élaboration de leur propre enseignement et d'en appeler à leur initiative personnelle, dans la limite de leur compétence, et sous le contrôle de l'inspection pédagogique.

Les présentes instructions constituent une mise à jour et une synthèse des instructions antérieures auxquelles elles se substituent.

LA PLACE DE L'ÉDUCATION PHYSIQUE ET SPORTIVE DANS L'ÉDUCATION GÉNÉRALE

L'éducation physique et sportive, en tant qu'elle agit sur la nature d'un être humain, et plus particulièrement d'un enfant, pour le rendre capable d'accomplir librement certains actes et de viser certains buts considérés comme souhaitables dans une civilisation donnée, constitue un authentique et important domaine de l'éducation générale. Pour améliorer la nature de l'individu, elle s'adresse à la fois à son corps et à son esprit. La corrélation étroite entre ce qui fut longtemps considéré comme deux entités distinctes nous interdit d'établir a priori une hiérarchie entre elles et il est certain qu'en développant, par exemple, les qualités motrices de l'enfant, on sollicite et on atteint son psychisme. La psychologie ne considère‑t‑elle pas en effet le geste humain comme un des premiers moyens d'expression et donc de communication entre l'être et son entourage ? L'éducation physique constitue aussi la condition et l'accompagnement nécessaire de tout autre mode d'éducation, car elle se donne pour objet l'acquisition de la santé. Plus que le simple maintien du corps et de l'esprit en un équilibre satisfaisant, celle‑ci paraît devoir être considérée comme la capacité, pour un individu, d'ajuster en permanence ses réactions et comportements aux conditions du monde extérieur, de s'accoutumer à l'effort, bref, de se dépasser soi-même. Prise dans cette acception, la santé doit « s'apprendre » sans cesse.

L'éducation physique et sportive agit donc sur l'individu conçu dans sa totalité, et contribue à la formation de sa personnalité en l'aidant à s'épanouir physiquement, intellectuellement et moralement.

On ne saurait négliger non plus l'interdépendance qui existe entre les activités physiques et les fondements culturels de notre civilisation. Notre époque est marquée par la croyance dans le progrès matériel et spirituel, et le sport moderne lui-même participe directement à cette idée, en cherchant non seulement à dégager un type humain dans sa perfection, mais à accroître par la compétition et le travail acharné qu'elle exige, les possibilités de l'homme. En outre, les contraintes croissantes qu'imposent les techniques dans la vie quotidienne rendent de plus en plus nécessaires les moments de compensation et de délassement, au sein desquels les activités physiques et sportives tiennent une place capitale. Au surplus, le sport se pratique selon des règles et engendre des comportements qui se réfèrent aux valeurs couramment admises dans la société. Les activités physiques et sportives relèvent donc certainement de notre culture ; elles contribuent en outre à l'accroître et à la diffuser.

Sur le plan scientifique, en effet, elles suscitent des travaux en de nombreux domaines de la technique, de la biologie, des sciences humaines ; elles contribuent ainsi à préparer, suivant les normes aujourd'hui concevables, l'homme de demain. L'éducation physique et sportive doit par ailleurs être l'écho, sur le plan éducatif, de l'importance croissante du sport comme fait de civilisation. On rappellera d'ailleurs que ce dernier a trouvé un nouvel essor précisément dans le milieu scolaire, au siècle dernier, et qu'il a eu dès l'abord pour objet de développer, dans une atmosphère de détente, les qualités morales chez les jeunes : courage, générosité, loyauté, désir de vaincre, et aussi discipline et sens de la responsabilité individuelle et collective. On sait le développement considérable qu'a connu, depuis, le phénomène sportif tant à l'école que hors de celle‑ci. Mais le sport scolaire et universitaire qui, par essence, reflète les valeurs morales les plus nobles, doit continuer à servir l'éducation en devenant accessible à tous les jeunes et en contribuant à faire éclore des hommes de caractère. C'est la raison pour laquelle, parmi toutes les activités physiques, il doit, dans la majorité des cas, tenir la plus grande place. D'abord parce que, dépourvu de finalités propres, mais lié à l'idée de progrès, il se prête merveilleusement à l'éducation des jeunes ; ensuite parce qu'il implique la confrontation, la compétition et la collaboration, qu'il peut faire naître un comportement et un état d'esprit exemplaires, et qu'à cet égard, sa portée éducative peut être considérable ; enfin, parce que l'école et l'université ayant à préparer les jeunes à leur vie d'adulte, il est tout à fait souhaitable qu'elles suscitent des vocations de sportifs et de dirigeants. Présentant toutes les caractéristiques d'une éducation véritable, « l'éducation physique » considérée en tant que discipline, ne peut se limiter à la seule éducation du corps car elle s'adresse à l'homme dans sa totalité. D'autre part, à la différence d'autres disciplines, elle ne s'appuie pas sur une matière préexistante et constituée hors d'elle‑même ; elle repose, au contraire, sur des activités et des gestes dont elle légitime l'emploi et qu'elle organise en fonction des fins qu'elle leur assigne. C'est pourquoi l'éducation physique ne doit plus être confondue avec certains des moyens qu'elle utilise ; lorsqu'elle se constitue en matière d'enseignement, il y a lieu de parler, pour désigner l'ensemble de ces moyens, « d'activités physiques et sportives ». La pratique de ces activités concourt, au même titre que celle de toutes activités éducatives, à des fins générales qui doivent être discernées clairement. Il convient donc que soient recensées les activités physiques et sportives qui paraissent les plus adaptées à telle ou telle finalité. Toutefois, à partir d'un même geste, il est possible d'obtenir des effets éducatifs différents, selon l'intention pédagogique du maître et du professeur. C'est la combinaison du classement des activités physiques et sportives selon l’intérêt qu'elles présentent pour l'élève, et du classement des intentions pédagogiques dont le professeur peut charger tel ou tel geste particulier, qui permettra l'élaboration d'un programme cohérent et complet.

I ‑ Classement des activités physiques et sportives selon les finalités auxquelles elles sont plus particulièrement adaptées.

1° Maîtrise du milieu.

Certains types d'activités physiques et sportives peuvent être considérés comme essentiels, lorsqu'il s'agit d'adapter l'homme au milieu ; par « adaptation » il convient d'entendre l'ajustement du comportement psychomoteur au cadre physique et aussi la possibilité d'intervenir sur le milieu pour le modifier. L'éducateur qui utilise ces types d'activités se donne pour objet de faire acquérir à l'élève ou à l'étudiant le goût de l'effort, l'aptitude au dépassement de soi, l'ambition de s'imposer dans le cadre de sa vie active.

Les moyens pédagogiques qui semblent répondre le mieux à de tels objectifs sont : a) Les sports individuels ; spécialement l'athlétisme et la natation : les obstacles y sont normalisés et les règles sportives permettent de les affronter dans des conditions bien définies telles que l'élève ou l'étudiant puisse mesurer ses progrès, par rapport à lui-même et aux autres ; b) La confrontation avec des obstacles naturels : elle permet de mettre les jeunes dans une situation qui exige une adaptation libre et spontanée ; à cette occasion, il convient de solliciter et d'améliorer les grandes fonctions (circulation, respiration, élimination) en exigeant des élèves une somme de travail correspondant à leurs possibilités ; c) Les activités de pleine nature pratiquées ou non sous forme sportive répondent aussi à cette première finalité ; les randonnées, les parcours de toutes sortes, l'escalade, le nautisme, l'aviron, le ski, le patinage peuvent intéresser les jeunes et faciliter leur adaptation au milieu ; d) Les activités directement préparatoires à la profession tels que le développement localisé de la force ou de l'adresse, l'apprentissage de techniques de porter, de lever, entrent aussi dans cette catégorie de moyens ; le programme des classes préparant à une profession comprendra l'étude de ces gestes dans le but de prévenir la fatigue et les accidents du travail.

2° Maîtrise du corps.

Cet objectif consiste à donner conscience aux jeunes de leur propre corps, à les éclairer sur leurs qualités psychomotrices et à pallier leurs insuffisances morphologiques et fonctionnelles. Mais, en favorisant ainsi le développement moteur des jeunes, il convient par surcroît de les aider à créer leurs propres gestes selon le style qui convient à leur personnalité, en fonction de leurs goûts. Ainsi, le souci doit être double : développer les pouvoirs de l'enfant, du jeune homme ou de la jeune fille, et l'encourager à s'exprimer mieux. Les activités physiques et sportives qui semblent le mieux répondre à cet objectif sont bien connues : ce sont celles qui reposent sur une analyse du geste, élaborée soit par le maître, soit par l'élève ou l'étudiant lui‑même : a) Les sports gymniques, à caractère esthétique, assurent une formation motrice très sérieuse ; ils sollicitent le corps, l'esprit, le goût ‑ ils encouragent à la création personnelle ; b) Certains gestes sportifs permettent de développer l'adresse et la maîtrise des déplacements ; c) La danse et les activités d'expression (mime) constituent également une puissante motivation pour le développement psychomoteur des jeunes en favorisant l'expression et la création personnelles ; elles sont particulièrement recommandées chez les sujets jeunes (classes maternelles) et chez les jeunes filles, d) La culture physique, la gymnastique volontaire et l'haltérophilie sont également des activités dont l'effet est d'accroître les pouvoirs des jeunes et de leur assurer un développement harmonieux ; elles sont d'autant mieux acceptées par les élèves et les étudiants qu'elles s'insèrent dans la pratique sportive ou qu'elles préparent aux activités d'expression corporelle. La maîtrise du corps est atteinte lorsque le développement moteur, la maîtrise de soi, se traduisent par l'aisance du geste et le désir de création libre. L'élève, l'étudiant, doit pouvoir pratiquer, s'il le désire, les sports gymniques et toutes les formes de gymnastique d'entretien ou de création, de telle manière qu'il puisse en conserver le goût et les bénéfices au‑delà de la scolarité.

3° - Amélioration des qualités psychologiques et des rapports avec autrui.

Un troisième type d'activités physiques et sportives est d'une particulière richesse pour l'éducation. Il permet de développer, en les disciplinant, les qualités de caractère qui se manifestent notamment dans les rapports avec autrui. Pour atteindre cet objectif, on utilisera de préférence les moyens suivants: a) Les jeux sensoriels et moteurs simples, les activités collectives de pleine nature, surtout lorsqu'elles donnent lieu à de petites compétitions aux règles simples, à l'arbitrage facile dont la responsabilité peut être assumée par les élèves eux‑mêmes ; b) Les sports de combat pour les garçons, les différentes formes de danse pour les jeunes filles, peuvent également contribuer à cultiver chez les jeunes le sens des relations avec autrui; c) Les sports collectifs, en tant qu'ils obligent l'individu à se fondre dans un groupe, à y accepter une tâche spécifique en fonction du but général poursuivi, à raisonner et à agir en union avec ses partenaires et, compte tenu des réactions éventuelles d'un adversaire, constituent certainement le moyen d'éducation le plus riche par rapport à l'objectif visé. Il est essentiel que l'enseignement soit conçu de telle sorte que le sens de la responsabilité, l'aptitude à dominer sa victoire comme sa défaite, soient systématiquement développés, notamment au cours de compétitions à l'intérieur des classes et entre les classes ou les groupes universitaires, L'autodiscipline y sera introduite de très bonne heure; l'arbitrage, les tâches matérielles, l'organisation même des rencontres seront, dans une large mesure, laissés à l'initiative des jeunes et contrôlés par l'éducateur (dont la responsabilité s'établit dans le cadre des textes en vigueur: loi du 5 avril 1937 et textes d'application). La participation sportive scolaire et universitaire devra être largement favorisée. Dès le milieu du 1er cycle, l'élève devrait être capable de pratiquer convenablement plusieurs sports collectifs de son choix, et de s'intégrer facilement dans un groupe ; ses qualités d'organisation et d'animateur devraient pouvoir se développer au niveau du second cycle.

Ce premier classement des activités physiques et sportives, selon leur effet essentiel, permet d'établir un programme annuel, compte tenu des besoins propres des élèves ou des étudiants, et de la recherche d'une action harmonieuse et complète. Dans cet ensemble, la place des activités sportives est prépondérante, la compétition constituant, dans la majorité des cas, une excellente motivation et le meilleur moyen de contrôler les résultats obtenus. Cependant, on ne doit pas négliger certaines autres activités dans la mesure où, selon l'âge et le sexe, elles sont susceptibles de bénéficier d'une puissante motivation et d'exercer sur les jeunes un effet bénéfique

II. ‑ Le rôle du professeur à l'égard des différentes activités physiques

Au cours de sa leçon, le professeur d'éducation physique se doit de moduler de façon précise les effets à attendre des différents types d'activité mentionnés ci‑dessus, en affirmant des intentions particulières, et en présentant avec l'éclairage nécessaire telle ou telle activité : il mettra par exemple l'accent sur un aspect du geste ou de la technique sportive, dans le but de combler une lacune ou de faire disparaître un facteur limitant la réussite ; il devra notamment veiller à faire passer dans son enseignement un certain nombre d'objectifs prioritaires :

1° C'est ainsi que le développement foncier l'adaptation physiologique à l'effort et aux variations du milieu physique, doivent être poursuivis systématiquement. Chaque séance d'éducation physique doit donc donner Lieu à un travail généralisé de tout le corps et viser à améliorer l'appareil respiratoire, circulatoire, à entraîner en particulier une musculation cardiaque satisfaisante.

2° L'éducation motrice fondamentale fera également l'objet des soins attentifs du personnel enseignant. Elle repose sur trois facteurs : a) Les facteurs perceptifs de la conduite : prise de conscience du corps, intelligence du mouvement, perception et intégration des rapports de temps et d'espace ; b) Les facteurs d'exécution, tels que l'acquisition d'une souplesse articulaire normale et d'un rendement musculaire que l'on cultivera rationnellement en développant l'élasticité, le relâchement, la force et la vitesse de réaction des muscles du système neuro‑musculaire volontaire ; c) La coordination motrice générale, recherchée par la voie d'une régulation motrice, d'une maîtrise ou du développement de certains réflexes, de la création ou de la destruction d'automatismes.

3° Enfin, l'éducateur s'efforcera de favoriser au cours de chaque séance la prise de conscience, le contrôle et le développement des facteur s personnels de la conduite tels que l'émotivité, la faculté de création, le courage et la volonté de l'étudiant, etc., il veillera au développement du sens de l'initiative et de la responsabilité des jeunes clans le groupe et la société, en leur inculquant le respect des règles, le sens de la coopération, l'esprit communautaire, etc. D'une façon générale il s'efforcera de hâter leur acquisition de certaines valeurs esthétiques et morales susceptibles d'éclairer leur conduite, et leur prise de conscience des facteurs sociaux du comportement. Les enfants déficients devront être soumis à une rééducation dont les effets ne seront plus limités au corps : cette rééducation en effet doit permettre à l'enfant de surmonter ses difficultés psychomotrices. Elle fera souvent appel à certains gestes sportifs, car il importe de susciter l'intérêt des enfants déficients psychomoteurs en utilisant les mêmes motivations que celles qui sont employées pour les enfants normaux. Le maître a le devoir de poursuivre simultanément ces différents objectifs en accordant plus ou moins d'importance à chacun d'entre eux, selon un ordre d'urgence dicté par les besoins particuliers de ses élèves, ou de certains d'entre eux.

Ces intentions pédagogiques, qui nuancent profondément le contenu de chaque séance, doivent apparaître dans la programmation et les plans de travail du professeur : elles déterminent l'intensité, le dosage et l'alternance de l'effort, les temps de repos ainsi que les procédés employés. Ainsi, les exercices systématiques d'assouplissement, de musculation, de coordination, de relaxation, seront introduits en tant que de besoin, au cours des séances dont l'objet premier demeure la pratique sportive, gymnique ou esthétique. L'efficacité de ces exercices est liée à la certitude qu'ils servent directement la réussite immédiate ou à court terme de l'élève ; sur le plan technique, ils donnent lieu à la recherche simultanée dans le temps (cadence, intensité) et dans l'espace (ampleur et force) de l'adaptation du geste à son objet. Cette adaptation s'exprime par le rythme, rapport harmonieux entre les composantes spatiales et temporelles du geste. Des textes ultérieurs indiqueront pour chaque degré d'enseignement et compte tenu de l'âge des élèves, du caractère des classes et de l'équipement disponible, la nature et la fréquence souhaitables, par année scolaire, des différents types de séances d'activités physiques et sportives, en fonction de leurs effets principaux. Ils proposeront en outre aux professeurs et aux maîtres une gamme d'intentions pédagogiques adaptées au niveau de chaque classe et susceptible de les aider dans l'élaboration de chaque séance.

III ‑ Organisation pratique de l'action éducative.

L'éducation physique, plus que toute autre discipline, est sans cesse confrontée aux problèmes fondamentaux de l'éducation et exige, de ceux qui l'enseignent, une réflexion incessante, beaucoup de générosité, un sens développé de l'organisation.

  1. On rappellera tout d'abord que l'éducateur physique ne peut animer convenablement son secteur pédagogique que s'il se sent étroitement concerné par lei problèmes généraux de l'éducation. Au niveau du second degré en particulier, le professeur veillera à ce que sa discipline apparaisse comme un maillon solide dans l'éventail des moyens de formation. La relative autonomie qui lui est nécessaire ne devra en aucun cas pouvoir être interprétée comme la possibilité d'une licence avec les horaires et les programmes de travail, ou encore avec le comportement d'élèves ayant à témoigner d'une bonne éducation. Une collaboration active avec les autres disciplines sera recherchée ; le professeur d'éducation physique et sportive participera effectivement aux conseils de classe et d'orientation où sa présence est requise ; il y présentera son point de vue sur chaque élève et en retirera des informations de nature à améliorer son enseignement.

  2. L'éducateur physique a le devoir d'utiliser à plein les ressources qui lui sont propres. Il met à jour ses connaissances scientifiques et techniques et se tient au courant, en particulier, de l'évolution du sport: cette information professionnelle permanente est un devoir de conscience. Par ailleurs l'éducation physique doit constamment associer la recherche des finalités à la mise en œuvre des moyens : une finalité est fonction des moyens dont on dispose : inversement, les données des sciences de la vie ou les équipements matériels ne deviennent des moyens d'éducation que s'ils sont utilisés en fonction de buts définis avec précision. Le maître ou le professeur doit donc déterminer simultanément et corrélativement les objectifs qu'il se propose d'atteindre et les moyens dont il dispose dans le cadre de son établissement.

  3. L'éducateur physique et sportif est confronté, plus qu'aucun autre, avec des cas individuels: à lui d'apporter, à des problèmes particuliers, des solutions qui ne le sont pas moins, au même titre que ses collègues, professeurs de disciplines intellectuelles ; il est, à ce titre, juge de ses procédés pédagogiques.

  4. Les programmes‑types, conçus pour chaque niveau scolaire, n'ont que valeur d'exemple ; ils ne dispensent pas le maître d'apporter tous ses soins à élaborer son propre enseignement : au niveau élémentaire l'instituteur peut faire appel pour cela au conseiller pédagogique départemental. Au début de chaque année, le maître, le professeur, établira pour chaque classe dont il a la charge, puis pour chaque groupe d'étudiants, un programme des activités physiques et sportives comportant un certain nombre d'exercices‑tests. L'inspecteur tiendra compte, notamment, dans sa note pédagogique, des choix effectués, en fonction du niveau des élèves et des conditions d'enseignement, et des résultats obtenus par rapport aux objectifs ainsi fixés.

  5. Dans les établissements comportant deux ou plusieurs éducateurs physiques, un programme d'établissement sera établi collectivement par les professeurs et maîtres qui en seront solidairement responsables. Chaque enseignant devra adapter les exigences de ce programme au niveau des élèves qu'il contrôle.

  6. Un programme d'éducation physique doit tenir compte des objectifs proprement scolaires, tels que la préparation aux épreuves sportives, qui ont leur place dans les examens et concours de fin d'année. Il doit s'articuler, en outre, avec les programmes et calendriers sportifs des championnats scolaires, de manière à favoriser le développement du sport dans l'établissement.

  7. L'activité des professeurs et maîtres au sein des associations sportives d'établissement a pour objet de former des sportifs volontaires et des dirigeants. Elle vise aussi à établir une heureuse transition entre le milieu scolaire et universitaire d'une part, les milieux sportifs qui accueilleront les jeunes après la scolarité d'autre part, en évitant toute solution de continuité, et en adaptant la pratique sportive aux contraintes scolaires et universitaires. En tant que membres du bureau de l'association sportive d'établissement, professeurs et maîtres, agissant sous le contrôle du chef d'établissement, organisent entraînements et rencontres de la manière la plus efficace. Naturellement, les heures d'entraînement diffèrent, par leur contenu pédagogique, des heures réglementaires. Le professeur anime, plus qu'il n'encadre, et fait largement appel à l'initiative des élèves et des étudiants. L'application des nouvelles instructions officielles nécessitera dans bien des cas une refonte de l'enseignement traditionnel, une révision des programmes d'établissement, voire des adaptations personnelles aux nouveaux objectifs. Les professeurs et maîtres d'éducation physique et sportive ont très souvent fait la preuve de leur grande compétence, de leur disponibilité d'esprit, et d'un dévouement remarquable. Aussi m'est‑il agréable de pouvoir leur accorder, pour la mise en œuvre de ces nouvelles directives, la plus entière confiance.

Le Ministre de l'Education Nationale, A. PEYREFITTE.

Le Ministre de la Jeunesse et des Sports, F. MISSOFFE.

PROGRAMMATION

PRÈMIERE PHASE COMBINAISON DES OBJECTIFS ET DES MOYENS

Le tableau figurant aux pages 24 et 25 présente une vue d'ensemble : ‑ des intentions éducatives précisées par les instructions officielles. ‑ des activités sportives et gymniques dont disposent les éducateurs pour atteindre ces fins.

Il a pour but d'attirer l'attention des enseignants sur deux aspects inséparables de leur réflexion pédagogique, au moment de l'élaboration du plan de travail et de la préparation des séances : ‑ envisager clairement toute la gamme des activités, sportives ou non, qui s'offrent à eux pour servir à l'éducation physique des jeunes, et qui doivent apparaître à ces derniers, dans le cours des séances, d'une façon concrète, vivante, mobilisatrice de leur intérêt et de leur engagement ; ‑ assurer, à travers elles, L'éducation de la conduite motrice et contribuer efficacement à celle de la personnalité sociale, en ayant le souci constant de couvrir en entier, tout au long de la scolarité, le champ des intentions éducatives.

Cette démarche oblige les enseignants à opérer des choix : ‑ au niveau des activités elles‑mêmes, en élaborant le programme de classe ou d'établissement, en fonction des possibilités matérielles et horaires ; au niveau de l'application pédagogique, dans la préparation des séances (choix des exercices et des modalités d'organisation, correspondant aux intentions exprimées et relevant d'une conception méthodologique adoptée par le professeur).

La page de gauche présente une analyse des facteurs organiques, physiologiques, psychologiques et sociaux dont l'association dynamique, indissociable dans la réalité de la vie, constitue le support de la personnalité de chaque individu. Cette analyse a pour but de persuader l'enseignant de la liaison fondamentale de tous ces facteurs, et de lui rappeler, d'autre part, que si chaque activité, chaque exercice, détermine un effet global sur l'ensemble des éléments de la conduite humaine, il entraîne aussi un (ou plusieurs) effet spécifique, dominant, qui peut être volontairement exploité par l'éducateur pour obtenir une amélioration élective de tel ou tel facteur.

Justifiée en tant que moyen d'étude, cette analyse ne doit pas servir de cadre pratique, de plan impératif, pour la programmation de l'enseignement ou la composition (les séances elle conduirait alors à des actions éducatives fragmentaires, artificielles, contraires aux idées modernes sur l'unité de la personne et de l'éducation. La page de droite énumère les activités par lesquelles peut et doit être assurée l'éducation physique des jeunes, en tant que domaine particulier, mais non séparable, de leur éducation générale. Ces activités servent de base pour la composition des séances, et en assurent l'unité, Chaque séance doit donc être organisée sur un thème, sportif souvent, ou non sportif dans d'autres cas. Elle comprend la pratique effective d'une activité caractérisée (exemples : gymnastique sportive, hand‑ball, danse, etc. ... ) ou bien sa préparation par un travail d’entraînement; ces deux modes de mise en œuvre des activités doivent être combinés, dans la succession des séances ou à l'occasion de chacune d'elles, d'une façon cohérente, bien programmée, correctement adaptée au niveau des élèves, aux conditions matérielles et climatiques, aux objectifs techniques et pédagogiques poursuivis. L'effort du professeur pour faire percevoir aux jeunes le thème et la composition de chaque séance, pour utiliser la motivation naturelle qu'ils ressentent à l'égard de telle ou telle activité, ou pour susciter leur intérêt vis‑à‑vis de telle ou telle autre discipline, doit être constant et peut prendre des formes multiples. Les exercices systématiques d'assouplissement, de musculation, d'entraînement « foncier », de coordination, de relaxation, etc., sont introduits en tant que de besoin selon les intentions éducatives énoncées dans le tableau de gauche, et selon les insuffisances perceptives et motrices des élèves, au cours des séances dont l'objet premier, clairement aperçu par les jeunes, demeure la pratique sportive, gymnique ou d'activités expressives ou esthétiques (pratique, réalisation effective plus entraînement).

Cependant, ce tableau met en évidence la nécessité de poursuivre l'éducation physique des jeunes au travers d'activités complémentaires, si l'on veut la réaliser dans une perspective large et harmonieuse. Il constitue, d'autre part, le canevas d'une démarche de recherche et de travail à laquelle doivent s'astreindre les professeurs au moment de la détermination de leur programme de classe et du programme d'établissement. Les « accents » sont traduits dans le tableau par des signes (cercles blancs, demi-teintés, noirs), qui ne veulent pas introduire une précision quantitative rigoureuse, mais justifient le choix possible d'un type d'activité pour améliorer effectivement tel ou tel élément de la conduite motrice :

Pas de cercle : effet limité ou nul sur le facteur envisagé. G ou F : importance particulière pour garçons ou filles. Pour chaque type d'activités (page de droite), les « accents » sont indiqués pour les groupes de classes suivants : ‑ sixième et cinquième , ‑ quatrième, troisième, seconde (malgré la division en premier et second cycle, la classe de seconde, qui est très souvent une classe d'accueil, a été volontairement rattachée à ce groupe) ; ‑ première et terminale.

Les tableaux des pages suivantes traduisent les données fondamentales assemblées dans cette programmation générale, en attribuant à chaque type d'activités l'importance qui lui revient pour chaque groupe de classes, en fonction des effets dominants et des intentions éducatives propres à chaque niveau d'âge.

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