Instructions officielles du 1er juin 1941 des Activités d'Éducation Générale

Auteurs1941

n1c0 

AVANT-PROPOS

Cette notice a pour objet de donner l'orientation nécessaire aux éducateurs qui vont être chargés de diriger les Activités d'Éducation générale.

Elle ne constitue pas à proprement parler une Instruction, mais se borne à formuler les principes dont s'inspire le Commissariat Général et à donner des indications assez précises sur leur application.

Elle n'est pas, non plus, un document immuable et recevra les modifications et les compléments que l'expérience dictera. Telle qu'elle est, elle permet aux maîtres, sans limiter étroitement leur initiative, d'utiliser à bon escient leurs connaissances et leurs aptitudes pour entreprendre sans plus tarder la grande tâche nouvelle qui est confiée aux éducateurs français. La méthode qui a été prise pour base de l'éducation physique générale a depuis longtemps fait ses preuves. On l'a choisie pour plusieurs raisons, elle convient au tempérament français; elle plaît à l'enfance; elle peut être rapidement assimilée par les éducateurs et donner de bons résultats dans les moindres délais.

Je n'ignore pas que certains maîtres ont été formés à des écoles différentes: je leur sais gré de la discipline avec laquelle ils acceptent une doctrine qui n'est pas entièrement la leur; les divergences de détail ne doivent pas nous faire oublier le but commun.

LA DÉCADENCE D’UN PEUPLE COMMENCE LORSQUE SES ÉLITES, PERDANT LE RUDE CONTACT DES HOMMES ET DES CHOSES, NE SONT PLUS CAPABLES DE TENDRE TOUTES LEURS FORCES, CORPORELLES ET SPIRITUELLES, VERS L'ACTION. EN COMPLÉTANT LES DISCIPLINES DE LA CLASSE PAR LES DISCIPLINES DU GRAND AIR, EN FAISANT PRATIQUER A VOS ÉLEVES ET EN PRATIQUANT AVEC EUX LES ACTIVITÉS D’ÉDUCATION GÉNÉRALE QUI DOIVENT ÊTRE LlÉES AU SPORT COMME ELLES LE SONT A L'ENSEIGNEMENT INTELLECTUEL, VOUS FORMEREZ DES HOMMES ROBUSTES ET ÉQUILIBRES, VOUS SEREZ LES MEILLEURS ARTISANS DE LA RÉNOVATION FRANÇAISE.

LE SECRÉTAIRE D'ÉTAT A L'ÉDUCATION NATIONALE ET A LA JEUNESSE,

Je compte sur tous les éducateurs pour appliquer ces principes, avec la volonté de relever la France et de lui préparer des fils et des filles dignes de servir son idéal et d'assurer ses destinées.

Le Commissaire Général à l’Éducation Générale et aux Sports,

PREMIERE PARTIE

L'ÉDUCATION GÉNÉRALE

Dans un passé récent, l'éducation donnée aux jeunes Français consiste exclusivement en une formation des esprits au moyen de disciplines intellectuelles. La valeur éducative de ces disciplines ne saurait être contestée par personne. Elles contribuent à former notre caractère par la pratique de l'effort intellectuel. Elles nous font participer à l'immense expérience acquise dans tous les domaines par les hommes. Elles nous permettent de prendre pleinement conscience de l’univers spirituel où la vie trouve son sens. Elles donnent à ceux qui prétendent devenir des chefs la vision d'ensemble qui leur sera indispensable pour conduire les groupes et les collectivités dont ils auront la chargé.

La culture générale, élément essentiel de l'éducation, continuera à élever et à honorer l'esprit français. « Nous maintiendrons, nous élargirons s'il se peut, a écrit le Maréchal Pétain, une tradition de haute culture qui fait corps avec l'idée même de notre patrie. La langue française a une universalité attachée à son génie. Ce n'est pas sans raison que nous nous sommes plu à donner au suprême couronnement de nos études le beau nom d'Humanités ».

Mais, réduite à un enseignement intellectuel, l'éducation est incomplète et par là même faussée. L'homme n'est pas seulement une intelligence pure, c'est un être d'action, chez qui l'esprit et le corps sont intimement liés et réagissent continuellement l'un sur l'autre. « Vivre consiste à agir », a écrit le plus grand philosophe de notre temps. L'éducation, devant essentiellement préparer des enfants à vivre en hommes, ne peut pas négliger de les faire agir et de les guider dans leurs actes. Pour former des élites. c'est-à-dire avant tout des chefs, il convient de leur apprendre à organiser et à commander, et par là même à obéir.

« Nous nous attacherons à détruire le funeste prestige d'une pseudo-culture purement livresque, conseillère de paresse et génératrice d'inutilités », a écrit le Maréchal ([2]).

Il nous suffira de méditer cette phrase du Chef de l’état pour dégager le principe d'une saine éducation et retrouver les traditions du bon sens français. « Ce n'est pas une âme, ce n'est pas un corps qu’on dresse, c'est un homme; il n'en faut pas faire à deux; et, comme dit Platon, il ne faut les dresser l’un sans l'autre, mais les conduire également comme une couple de chevaux attelés au même timon: et à l’ouïr, semble-t-il pas prêter plus de temps et de sollicitude aux exercices du corps et estimer que l'esprit s'en exerce quant et quant, et non au contraire ? ».

Dans ce texte célèbre, Montaigne, reliant la pensée française à la pensée grecque, n'indique pas seulement l'idée maîtresse qui doit guider les éducateurs. Il montre aussi que les activités pédagogiques où le corps intervient ont nécessairement un caractère éducatif plus général que les autres.

Ces activités, auxquelles désormais une large place sera réservée dans les horaires des établissements d'enseignement, ont été appelées « activités d'éducation générale », parce quelles permettent de développer simultanément; et par suite harmonieusement, toutes les facultés de l'être vivant et agissant.

Mais, pour que les nouvelles activités méritent pleinement leur nom, pour qu'elles laissent à l'esprit la place prééminente qu'il doit avoir, il est nécessaire que, dans chaque établissement, les maîtres ayant les titres intellectuels les plus élevés, participent à leur direction. Ainsi seulement, selon le vœu de Montaigne, « les jeux mêmes et les exercices » pourront être « une bonne partie de l'étude ».

Parmi les éducateurs, qui tous, bien entendu, doivent, Pour mériter ce titre, se tenir pour responsables de la formation morale de leurs élèves, on peut donc distinguer:

  • les éducateurs intellectuels, qui exercent en principe leur fonction dans la salle de classe;
  • les éducateurs physiques et sportifs, qui exercent en principe leur fonction hors de la salle de classe;
  • les éducateurs « généraux », dont l'action, s'exerçant aussi bien hors de la classe que dans la classe, leur permet de faire l'indispensable synthèse entre l'éducation intellectuelle et l'éducation physique et sportive, et de les renforcer l'une par l'autre.

Le rôle scolaire essentiel du Commissariat général à l’Éducation générale et aux Sports est de permettre au plus grand nombre possible d'éducateurs intellectuels de devenir des éducateurs généraux, en les mettant en mesure de diriger, dans de bonnes conditions, les activités d'éducation générale.


Quels sont les principaux effets éducatifs des activités pratiquées hors de la salle de classe et dans quel sens l'éducateur qui les dirige doit-il, par suite, orienter surtout son effort ?

Les activités d'éducation générale exerçant simultanément toutes les principales facultés de l'être agissant, on peut, pour examiner leur indivisible influence, se placer successivement aux points de vue physique, intellectuel et moral.

Il n'est pas besoin de souligner qu'une éducation qui oublie de favoriser et de surveiller le développement physique des enfants compromet non seulement leurs possibilités matérielles, mais aussi leurs possibilités intellectuelles et morales. Et elle frappe aussi, par avance, les enfants de ces enfants.

Négliger l’être corporel d’un individu ou d'un peuple a été grave de tout temps; à notre époque, les conséquences de cette négligence deviennent désastreuses.

La civilisation moderne, en effet, tend à nous éloigner de plus en plus des conditions naturelles de vie pour lesquelles notre corps est fait. Du point de vue physique, le principe fondamental qui doit guider l’action de l’éducateur est donc de faire vivre à l'enfant l'existence naturelle.

Déjà Montaigne conseillait, « Endurcissez-le à la sueur et au froid, au vent, au soleil et aux hasards qu'il faut mépriser; ôtez-lui la mollesse et délicatesse au vêtir et coucher, au manger et au boire, accoutumez-le à tout; que ce ne soit pas un beau garçon et dameret, mais un garçon vert et vigoureux. »

De nos jours, le docteur Carrel ([3]) écrit: « L'homme atteint son plus haut développement quand il est exposé aux intempéries, quand il est privé de sommeil et qu'il dort longuement, quand sa nourriture est tantôt abondante, tantôt rare, quand il conquiert par un effort son abri et ses aliments. Il faut aussi qu'il exerce ses muscles, qu'il se fatigue et qu'il se repose, qu'il combatte et qu'il souffre, que parfois il soit heureux, qu'il aime et qu'il haïsse, que sa volonté alternativement se tende et se relâche, qu'il lutte contre ses semblables et contre lui-même. Il est fait pour ce mode d'existence, comme l'estomac pour digérer les aliments. »

Nous devons, bien entendu, corriger ce que l'application de ces idées pourrait offrir de risques -

s'adressant surtout à des sujets qui, pour la plupart, sont loin d'avoir été élevés jusqu'ici selon ces principes - d'une part en observant dans l'entraînement de ses enfants et des jeunes gens une sage progression, d'autre part en accompagnant d'un contrôle médical 'soigneusement organisé l'introduction des activités nouvelles à l'école. Ce contrôle médical et la pratique dirigée des activités corporelles donneront aux maîtres l'occasion d'attirer fréquemment l'attention de leurs élèves sur les règles essentielles de l'hygiène, trop souvent méconnues dans notre pays.

L'influence intellectuelle des activités d'éducation générale est. de première importance. Ces activités permettent en effet de placer l'intelligence, nourrie par les disciplines intellectuelles, dans le cadre naturel qui est indispensable à son développement complet, celui de l'action.

La valeur éducative des travaux artisanaux est, à cet égard, indéniable. Le Maréchal Pétain le soulignait récemment en des termes qui seront rappelés au cours de cette notice.

Les jeux d'équipe conduisent les élèves, guidés par leurs maîtres, à réfléchir à des problèmes nouveaux et essentiels. Tandis que les disciplines purement intellectuelles sont portées à n'envisager la plupart des problèmes que du point de vue de l'individu, l'action collective contraindra maîtres et élèves à s'occuper fréquemment des

questions d'organisation et les amènera à étudier les conditions matérielles, intellectuelles et morales d'une action réalisatrice.

Cette action qui, sans s'arrêter au stade verbal, se heurte aux résistances de la matière et des hommes, rencontre des difficultés qui contraignent l'intelligence à se plier à de nouvelles disciplines et en particulier à devenir méthodique, organisatrice et réaliste, à ne plus « se payer de mots ».

Les sorties à l'extérieur fourniront d’autre part aux éducateurs généraux l'occasion de donner à leur enseignement intellectuel une vie nouvelle et d'en accroître encore l’intérêt « Rien ne supplée l'observation directe des choses », rien mieux que l'observation directe n'est capable de développer chez les jeunes, avec l'intelligence artistique, le sens du réel.

Si la morale est l'ensemble des principes qui règlent notre action, il est évident qu'à cet égard l'influence de l'éducateur est autrement efficace lorsqu'il se mêle à la vie active des enfants que lorsqu'il se borne à formuler des préceptes devant des sujets immobiles.

Un simple mot dit dans une circonstance bien choisie par un maître qui est aussi bien le professeur que le compagnon des sorties et des jeux a plus de portée réelle que de longs développements théoriques.

Mais, pour donner aux jeunes la tenue morale qu'ils doivent avoir aussi bien que pour tremper leur caractère, le moyen le plus efficace peut-être dont disposera l'éducateur sera de veiller à ce que la tenue extérieure soit ce qu'elle doit être en toute circonstance, et d'exploiter ainsi, pour remplir sa mission, la solidarité de nos sentiments et de nos attitudes corporelles. En donnant au Maître la possibilité de modeler, au cours d'activités multiples, l'âme de ses disciples par le redressement de leur comportement extérieur, on met entre ses mains un moyen d’action morale puissant et l'on ne risque plus de rendre, par de longues homélies, la vertu ennuyante et par là haïssable.

Montaigne, là encore, nous montre la voie à suivre: « Notre leçon, se passant comme par rencontre, sans obligation de temps et de lieu, et se mêlant à toutes nos actions, se coulera sans se faire sentir. »

Les activités d'éducation générale ne permettront pas seulement à l'éducateur de tremper les caractères par la pratique de l'effort et de la lutte, lutte contre soi-même, lutte contre des adversaires, lutte contre la matière, elles, lui donneront le moyen de balayer certaines allures physiques et morales qui ne sont pas dans la tradition française.

Enfin, les luttes sportives et les jeux collectifs, tout en forgeant les fortes individualités et en leur faisant prendre conscience de leur force, apprendront à chacun la modestie, génératrice de valeurs réelles, par la perception fréquente, directe et incontestable de la supériorité d'autrui. Chacun prendra l'habitude de se juger à sa juste valeur, qui est toujours relative, et constatera que le mérite des résultats obtenus par son groupe est à reporter toujours sur l'effort de tous et souvent plus sur celui d'un autre que sur le sien propre. Chacun comprendra la nécessité et la grandeur de la discipline consentie et de l'esprit d'équipe. Chacun sentira le besoin et le désir de placer sa fierté dans la contribution apportée aux réalisations et aux succès de la communauté.

Les susceptibilités, les rancunes, les vanités, l’égoïsme de ceux qui passent leur vie repliés sur leur individu céderont peu à peu la place à l'esprit de camaraderie, de dévouement et de sacrifice, qui élève la personne humaine au-dessus d’elle même et qui trouve son expression la plus haute dans l’amour de la patrie.

ACTIVITÉS

Les activités scolaires d'éducation générale comprennent

I.- Une éducation Physique générale assurant la formation de base. II.- Une initiation et une formation sportives. IV.- La pratique des exercices rythmiques, de la danse et du chant choral. VI.- Des sorties, des excursions, des activités au grand air et l'entraînement à la vie des camps. VII.- La pratique du secourisme.

Ces activités se dérouleront, le plus possible, dans un cadre naturel. Il faut, que les enfants, les adolescents sortent de la classe aux fenêtres closes, de la cour entourée de murs, et, quand on le peut, de l'atmosphère viciée de la ville; qu'ils se débarrassent des coiffures, chaussures et vêtements habituels, pour revêtir un costume bien adapté à l'activité pratiquée.

1° L’Éducation physique générale.

2° La gymnastique corrective

([1]) L’Éducation nationale, Revue des deux-Mondes, 15 août l940

([3]) Docteur CARREL L'Homme, cet inconnu.

Liens