Éducation des corps et formation du citoyen versus l'éducation de la personne

Auteurs29/05/2015

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L'éducation physique s'est toujours préoccupée de l'éducation des corps et de la formation du citoyen. Vous expliciterez en quoi et comment, au cours du 20ème siècle, l'éducation physique et sportive, a su dépasser cette dualité pour s'intéresser à l'éducation de la personne.


Introduction

Former un citoyen sain puis un citoyen sportif

Former un citoyen sain

Former un citoyen sportif

Vers une éducation de la personne

Ambition de dépassement de la dualité

Instructions de 1967, le triptyque éducation du corps, formation du citoyen et éducation de la personne

Innovation pédagogique prônant l'éducation de la personne par elle-même

Éduquer c'est prendre en compte la sensibilité de la personne

Institutionnalisé et mise en oeuvre de l'éducaton personne

Primauté de l'éducation de la personne dans les textes officiels

Primauté de l'éducation de la personne: l'élève au centre du système éducatif

Critique de l'éducation de la personne en EPS

Conclusion


Dans notre société post-moderne qui a vu le triomphe du libéralisme, l'individu est devenu le nouveau paradigme. Il s'en suit pour les éducateurs de déterminer la meilleure manière d'éduquer cet individu. Mais à quelle éducation fait-on référence? Et comment pourrait-on la définir? Selon R.Legendre l'éducation est le « développement harmonieux de toutes les potentialités de l'être humain en vue d'un état supérieur ultime de perfection conférant l'autonomie de croissance, de penser et d'agir ». Dès lors, on peut définir l'éducation des corps comme le développement harmonieux du corps. Éduquer le corps renvoie à des notions de santé, de performances et d'esthétique. Former un citoyen consiste à inculquer les règles de la société à l'élève, ce qu'il doit faire et ce qu'il peut faire. Qu'il s'approprie les droits et les devoirs de la société où il vit. C'est un processus par lequel il gagne peu à peu en autonomie et en responsabilité. La finalité de cette formation est qu'il devienne un « citoyen, cultivé, lucide, autonome, physiquement et socialement éduqué » (Programme des collèges 28/8/2008). En outre, l'éducation de la personne dépasse la dualité éducation des corps et formation du citoyen. C'est un concept plus large qui renvoie à la définition de R.Legendre. L'idée est qu'il faut éduquer l'élève en prenant en compte tous ses aspects: corps, règles de vie, formation professionnelle... Éduquer la personne, c'est l'aider à s'élever à la dignité de son être. Nous ne pouvons pas définir ces trois objectifs: éducation des corps, du citoyen et de la personne; sans questionner les valeurs auxquelles ces notions se référent. En effet, pour O. Reboul (1992), « il n'y a pas d'éducation sans valeur ». La valeur est un « principe idéal » qui régit les comportements et les jugements d'un individu, d'un groupe ou d'une société (Revue Sciences Humaines, 1992).
Comment ont évolué les valeurs de la République et de la société depuis le 20ème siècle? Ces valeurs ont-elles eu une influence sur l'école et l'éducation physique (EP), qui prône une éducation du corps? Y a-t-il toujours eu une dualité éducation du corps et de la formation du citoyen au cours du 20ème? De quelle manière et par quels moyens l'EP s'est préoccupée de l’éducation du corps et de la formation du citoyen? Quand est-ce que dans l'histoire de l'EP est-on passé d'une d'une dualité éducation des corps - formation du citoyen à l'éducation de la personne? Cela s'est-il fait progressivement ou y a-t-il eu une rupture?
S'il est vrai que l'éducation physique s'est toujours préoccupée de l'éducation des corps et de la formation du citoyen au 20èmeème siècle, l'EP a dépassé cette dualité pour répondre à une nouvelle politique d'éducation et être en adéquation avec les avancées scientifiques sur la connaissance de ce qu'est un élève en éduquant l'élève dans sa totalité. Nous verrons que ce basculement s'est fait officiellement au milieu des années 1980.
Dans une première période du début du 20ème à 1967 l'EP n'avait pas dépassé cette dualité en visant des finalités sanitaires puis sportives. En revanche dans une deuxième période de 1967 à 1985 de nombreux acteurs ont questionné cette dualité et proposé de nouvelles EP. Enfin dans une troisième période allant 1985 à nos jours cette réflexion a abouti à une nouvelle EP qui se préoccupe avant tout de l'éducation de la personne.

Dans cette première partie, nous montrerons que l'EP à visé la formation d'un citoyen sain puis un citoyen sportif. Dans cette période du début du 20ème à 1967, la dualité éducation des corps et formation du citoyen n'a pas été encore complètement dépassée pour l'éducation de la personne.

Élever le niveau démographique et avoir des enfants sains prêts à intégrer les forces de l'ordre constituent les deux grandes préoccupations de la IIIème Répuplique. L'EP est pris en otage par cette politique hygiéniste. Dès lors apparaît une véritable "médicalisation de l'EP" (J. Thibault, 1972) . L'éducation du corps prime sur la formation du citoyen. Ou dans d'autres termes, la formation du citoyen se réduit à former des écoliers en bonne santé. Ces préoccupations vont évoluer en EP en fonction de l'évolution des représentations du corps en vigueur dans les milieux scientifiques. Particulièrement jusqu'aux années 1920, l'EP consiste principalement à faire bien fonctionner la "machine biomécanique" (Parlebas, 1965). Pour y parvenir, la méthode en EP qui fut retenue est la méthode suédoise du docteur Tissié. La leçon consiste à placer les élèves de façon ordonnée et de réaliser des mouvements analytiques, dosés et maîtrisés (T.Travaillot, 2000): circumduction de la nuque, flexion de la jambe, extension du bras... D'ailleurs c'est bien cette méthode qui fut retenue dans les textes officiels comme le manuel d'exercices physiques et de jeux scolaires de 1891, ou encore le règlement de 1914 et particulièrement les Instructions officielles de 1959.

Dans une seconde période à partir des années 20, à cette première représentation du corps se succédera la «machine énergétique» (Parlebas, 1965). Celle-ci est basée sur le modèle thermodynamique. Éduquer le corps c'est faire fonctionner le système cardio-vasculaire. Dès lors, les exercices en plein-air sous forme de jeu ou de sport vont apparaître en EP. Si dans cette période le sport est considéré comme dangereux par de nombreux médecins (Boigey, Ruffier, Mervier et Laterget), des auteurs comme le médecin Lagrange, Marey, Dr Richard, Dr Pierre Nadal, Bellin du Cotteau en font l'apologie. Pour ces derniers les jeux et le sport est même au service de la santé, il contribue au perfectionnement du corps humain (Bellin du Coteau, «La méthode sportive», 1930). Progressivement, le sport ferait l’objet d’une instrumentalisation au service d’une politique qui vise à former un certain idéal d’homme, c’est ce Michaël Attali, Jean Saint-Martin ont appelé le « citoyen sportif »( Michaël Attali, Jean Saint-Martin, « L'éducation physique de 1945 à nos jours. Les étapes d'une démocratisation »). Le sport qui est jusqu’alors un élément parmi d’autre pour éduquer le corps va, à partir des années 1960 avec l’«élan gaullien» (J.L.Martin, La politique de l’EP sous la 5ème république, tome 1, l’élan gaullien, PUF, 1998), être l’instrument principal d’éducation. En effet, les valeurs de la République sont en adéquation avec celles prônées par le sport. Dans « essai d’une doctrine de sport » (1965) M.Herzog nommé Haut-commissaire du sport en 1958 présente celles-ci comme des « véritables moyens d’éducation ». Dépassement de soi, persévérance, fair-play sont notamment les valeurs de référence. Dès lors, la formation des maîtres et professeurs d’EPS a été très influencée par ce courant sportif. Dès 1945, à l’ENSEP et à l’INS M. Baquet fait l’éloge du sport qui pour lui place l’élève « en face de problèmes humains, c’est-à-dire moraux et sociaux, qui les fassent simultanément agir et penser ; là est la vérité ! ». « Le sport est un jeu, mais un jeu qui apprend à vivre » (M.Baquet, « Les sports collectifs développent le sens social », INS, 1947). L’apogée de la formation du citoyen sportif est sans doute la création de « La République des Sports » par J. De Rette en 1964. Dans celle-ci, les élèves font l’exercice de la République en action. Force est de constater que l’éducation des corps fusionne avec la formation du citoyen mais ce n’est pas pour autant que l’on parle d’éducation de la personne car cette formation est réduite au champ sportif.

Néanmoins, dans cette période nous ne pouvons écarter la méthode naturelle d'Hébert qui s'intéresse davantage à l'éducation de la personne par elle-même pour elle-même. Dans cette méthode Hébert place l'élève face à des problèmes comme par exemple comment traverser un rivière, franchir un mur? C'est en quelque sorte l'ancêtre des situations-problèmes. Ainsi il cherche à responsabiliser l'élève et lui donne toujours plus d'autonomie au fur et à mesure qu'il progresse. Il défend une approche pédagogique respectant la « nature de l’enfant », ses besoins et dans laquelle ce dernier retrouve une liberté d’action corporelle dans le plus pur style des écoles nouvelles. Avec la parution en 1936 de "L’éducation physique, virile et morale", Hébert prône une éducation intégrale qui oblige la prise en compte aussi bien de l’alimentation, du logement, des loisirs, de l’activité physique, des déplacements, que des conditions de travail. Sa méthode vise aussi bien l'éducation du corps par l'acquisition foncière (VARF) que la formation du citoyen avec des valeurs de solidarité et d'altruisme. Il tente ainsi de dépasser cette dualité en proposant une éducation globale, l'éducation de la personne. En EP certains professeurs seront séduites par cette méthode mais cela restera marginale. Une exception est a noter, c'est celle de Vichy où cette méthode a été officialisée au sein de l'EGS au grand dam d'Hébert. Toutefois son utilisation ne s'est pas faite sans une certaine dose de sélection qui va se greffer principalement par une priorisation du foncier en EP et l'adaptation au milieu. Ainsi donc, les valeurs d'autonomie, de responsabilité et de liberté seront écartées par ce gouvernement.

Les Instructions officielles du 19 octobre 1967 marque la volonté de dépasser cette dualité. Cela se traduira de manière explicite dans les programmes collège et lycée de 1985-1986 en mettant officiellement l'élève au cœur du système éducatif.

Les finalités affichés dans les Instructions de 1967: éducation du corps et formation du citoyen pèse de façon équivalente à l'éducation de la personne. C'est pourquoi il nous paraît plus judicieux de parler de triptyque intégré. Ces instructions officielles prennent une certaine distance avec le sport, ainsi on peut lire: "l'EP ne doit pas se confondre avec certains moyens [comme le sport] qu'elle utilise". La finalité d'éduquer la personne est bien exposé dans la définition même que donne ces IO à l'EP: "l'EP en tant que discipline, ne peut se limiter à la seule éducation du corps car elle s'adresse à l'homme dans sa totalité". Mais quelques lignes auparavant l'EP est définie sous l'angle de la santé, c'est-à-dire de l'éducation du corps. Il est affirmé que l'EP se donne pour objet "l'acquisition de la santé". La formation d'un citoyen a tout autant sa place dans ces IO aux côtés des finalités citées auparavant. En témoigne le fait que le sport est considéré dans ces IO comme un "fait de civilisation" qui possède "les valeurs morales les plus nobles". C'est pourquoi on peut affirmer que ces différentes finalités tiennent une place équivalentes dans ces IO. En définitive, ces IO proposent des finalités sans les imposer. Il revient au professeur en fonction de sa sensibilité et de ses objectifs de discriminer entre ces trois finalités.

Dans cette période s'amorce une réflexion qui aboutira à une prise de conscience de la spécificité individuelle de l'élève et sa responsabilité dans son apprentissage. Ceci peut être mis en relation avec la volonté présente dans l'école d'adapter les pédagogies aux transformations structurelle du système éducatif et aux mutations de la société puis, avec la société post soixante-huitard. Elles sont centrées sur la liberté, l'épanouissement, l'émancipation et la primauté de la réalisation personnelle . Dès lors au sein de l'école on s'intéresse davantage à la personne et à son développement qui lui est propre. C'est ce que P.Parlebas à appelé la « révolution copernicienne » (« L’éducation physique en miettes » , in revue EPS n°85,1967). Les concepteurs se centrent désormais sur l'appropriation active de l'enfant, considéré comme l'acteur principal de ses apprentissages. Il émerge alors un nouveau modèle pédagogique de type « incitatif ». Ces réflexions mettent en exergue que l'éducation de la personne doit être première. Elle se concrétise en confrontant l'élève à un environnement qui va faire émerger en lui de nouvelles connaissances. Apprendre, c'est faire. De plus, l’influence de la science ne va que conforter cette approche. La phénoménologie et le constructivisme de Piaget (1970- 1976) : montrent le rôle majeur du milieu dans le développement et l'apprentissage. De ce fait, l'enseignant est alors un animateur plus qu'un instructeur. Construire une leçon d'EP consiste alors à créer les conditions de l'action de l'élève par la mise en place de situations globales, joués, compétitives aménagées. Le modèle type de cette pédagogie est les "situations-problèmes" prônés par Jean-Pierre Famose (« L'enfant et le ski », 1977). Toutefois jusqu'aux années 1980, les résistances sont nombreuses et l'impact réel de cette volonté est faible (Héry, 2007). Ces réflexions restent donc marginales l'EP est avant tout une éducation du corps. L'enseignement démontre le geste sportif et l'élève tente de le reproduire. C'est la pédagogie du modèle qui domine. La formation du citoyen n'est pour autant écartée. Elle se retrouve notamment avec les travaux de Wallon qui définit l'élève comme un « être social ». Celle-ci se fera à travers le sport, et particulièrement sous l'impulsion de Mérand avec ce qu'il appelle le « sport éducatif ».

Dans la fin des années 70, d'autres courants s'opposent au "sportif éducatif". Leur principal reproche et qu'il ne prend pas suffisamment en compte le domaine sensible de l'élève, que le sport n'est pas suffisamment pour éduquer la personne. En effet, Pujade-Renaud met en avant que l'enfant est d'abord un être sensible. L'éduquer consiste d'abord à comprendre ses émotions, ses affects pour pouvoir ensuite lui donner des outils pour qu'il puisse soit les améliorer soit les surmonter. C'est une approche psychanalytique. Dans ce courant de pensée, le corps est moins perçu comme un moyen d'atteindre une certaine performance mais comme un moyen d'extérioriser ses émotions. Ce couple "corps - sensibilité de la personne" que propose Pujade-Renaud est un pas en avant vers l'éducation de la personne. Parmi les courants en marge de cette période, il y a le courant anti-sportif de J6M Brohm qui pour lui les valeurs sportives ne sont pas éducatives mais au contraire pervertissent la personne. Pour lui, éduquer la personne consiste avant tout à remettre en cause les valeurs "imposé par l'institution" pour créer ses propres valeurs. C'est d'ailleurs un des courant de cette période où l'éducation de la personne est première. Rappelons que ces courants restent marginaux et que c'est bien le courant sportif et l'éducation par le sport qui domine dans cette période aussi bien au niveau théorique que dans la leçon d'EPS.

Le "sport éducatif" éduque les corps et forme le citoyen mais n'est pas pour autant un moyen pour éduquer la personne. L'officialisation de cette finalité se fond à travers d'autres finalités. Pour combler cela, les textes collèges et les lycées 1985-1986 vont donner une place primordiale à l'éducation de la personne.

Dans l'introduction du texte collège de 1985, il est noté que "l'EPS participe au développement de la personnalité de l'élève". La finalité de celle-ci est de "développer les capacité motrices de l'élève". Si l'EPS contribue avant tout à "développer les capacités motrices", la finalité est "de contribuer au développement de l'élève, à son équilibre". Il vise en en dernier l'éducation de la personne pour mieux "se situer au niveau social et professionnel". Un des objectifs du programme collège de 1986 est de "se connaître" et "connaître les autres". La finalité est de développer la personnalité de l'élève et non l'une ou l'autre de ses qualités. L'éducation est d'abord globale est porte sur la personne entière. D'ailleurs aussi bien l'enseignement que l'évaluation porte sur toutes les dimensions de l'élève: "le champ moteur", "le champ cognitif" et le "champ affectif". L'enseignement est varié par une programmation diverses des activités physiques et sportives. 7 familles d'activités sont proposées en collège et au lycée, au professeur de choisir une activité parmi elles pour viser un développement équilibrée de l'individu. Ce qui marque véritablement ce basculement officiel d'une dualité de l'éducation des corps et de la formation du citoyen à l'éducation de la personne est sans doute l'utilisation du concept de compétence. La compétence est la capacité à mobiliser correctement ses ressources pour être efficace dans un domaine social d'activité. C'est l'alliance de ses différentes ressources qui vont permettre véritablement à répondre efficacement à une situation donnée en EPS. Cette terminologie va perdurer et être de plus en plus importante dans les textes programmes qui vont suivre. Les programme de 1996-1998 sur le collège décline la compétence en "compétence spécifique", "compétence propre" et "compétence générale". Le programme collège actuelle du 28 août 2008 la décline en "compétence propre" et "compétences méthodologiques et sociales". La "compétence propre" correspond particulièrement aux capacités que doit acquérir l'élève dans tel ou tel APSA. Alors que les CMS correspondent davantage aux "connaissances et attitudes" de la compétence. Les concepts d'éducation au corps et à la formation du citoyen se fondent au sein de ce concept de compétence. La compétence est multifactorielle est relève aussi bien de la santé, de la technique, de la citoyenneté, des connaissances propres à l'activités... Faire acquérir des compétences c'est bien plus que former un citoyen ou éduquer son corps, c'est éduquer la personne. L'évaluation est de la même manière centré sur la compétence. Ainsi les enseignants d'EPS évaluent aussi bien la performance que les connaissances théoriques (règlement, vocabulaire spécifique), les progrès, les stratégies envisagées, la communication, l'investissement, le coaching autant de données qui sont inférées et non prélevées. L'évaluation tente d'apprécier les différents facteurs de la compétence dans une APSA. Ce changement de paradigme au niveau des contenus d'enseignement et de l'évaluation montre que ces textes marque l’avènement de la compétence dans cette discipline (comme c'est d'ailleurs le cas dans les autres disciplines) et par conséquent l'éducation de la personne.

L’avènement de la gauche au pouvoir en mai 1981 va donner un nouvel essor aux réflexions sur l'école. L'EPS n'est pas une discipline en reste, elle va profiter de cet engouement pour l'éducation et faire valoir sa spécificité comme étend une discipline qui participe à l'éducation globale de la personne particulièrement dans le domaine corporelle. Elle permet ainsi de se démarquer du sport fédérale ou de loisir et par la même occasion s'autoproclamer comme une discipline scolaire. Ce qui va porter ses fruits, le décret du 28 mai 1981 officialise le passage de l'EPS sous la tutelle de du Ministère de l'Éducation Nationale. C'est un fait marquant qui prouve qu'elle n'est pas réductible à enseignement spécifique relatif au domaine corporel. Elle participe à l'éducation de la personne au même titre que les autres disciplines par un moyen qui lui est propre. C'est celui du corps. C'est en ce sens que Alain Hébrard parle de l'EPS comme une « Discipline à part entière et entièrement à part » (A. Hébrard, L’EPS, réflexion et perspectives, Coédition Revue STAPS & Revue EPS, Paris, 1986). L'intégration de l'EPS montre la volonté des acteurs de l'école d'éduquer l'élève dans tout les domaines. Qu'il acquiert une base de compétence pour s'insérer du mieux que possible dans la société et participer à la vie civique. Ce qui devient premier dans les réflexions est moins les savoirs savants que l'élève. C'est la fameuse révolution copernicienne qui prend une autre ampleur dans ces années. D'autant plus qu'avec la montée des effectifs à l'école, l'échec scolaire devient une réelle préoccupation. Les réflexions se porte de plus en plus sur l'élève et sa relation à l'enseignant et au savoir. Comment se développe-t-il? Quelles sont les conditions optimales pour qu'il apprenne? Que peut-il apprendre?Comment il apprend? Son origine sociale affecte-t-il son apprentissage? Autant de réflexions que des pédagogues vont tenter de répondre tels que P.Meirieu, Perrenoud ou des sociologues comme Passeron ou Bourdieu dans leur domaines respectifs. Chaque discipline scolaire est concerné par ces doubles contraintes, participer à l'éducation de la personne tout en enseignant la spécificité de sa discipline. En EPS, des acteurs comme Marsenach ou R. Mérand vont faire des propositions dans ce sens.

Nous avons montré que le défi que doit relever l'EPS d'éduquer la personne au travers le corps est particulièrement complexe pour les enseignants d'EPS. Ils doivent réaliser un véritable tissage entre les connaissances, les capacités et les attitudes. Il joue au funambule au risque de tomber dans plusieurs travers que l'on peut brièvement lister. Le premier est la « dérive intellectualiste » que dénonce particulièrement R. Dhellemmes (L’EPS mise en questions par l’évaluation, in Méthodologie et didactique de l’éducation physique et sportive, AFRAPS, Clermont-Ferrand, 1989). L'élève pratique de moins en moins et troque de plus en plus son maillot contre un stylo et une fiche pour évaluer, s'auto-évaluer, co-évaluer, étudier une situation, construire une schéma d'attaque... Au point que l'EPS se vide de son sens et de son essence. À l'inverse le deuxième écueil serait de favoriser la pratique pour la pratique, de tomber dans une dérive que l'on peut qualifier de pro-sportive. Ce qui compte avant-tout ce sont les performances. Penser naïvement qu'atteindre ceux-ci implique d'éduquer la personne comme ce qu'affirmé Herzog dans les années 1960 où le sport est éducatif par lui-même. Un autre écueil est de perdre une certaine légitimité au niveau social. Comment expliquer à un parent d'élève à qui son fils est arrivé premier à une course qu'il a une moins bonne note que celui qui est arrivé à la dixième place parce que son projet de course n'était pas bon? C'est un défi pour le professeur d'EPS qui encore, dans l'imaginaire collectif, est bien souvent associé à un "prof de sport" ou un animateur. L'éducation de la personne est un concept bien flou et particulièrement multifactorielle. Viser cette finalité en EPS est un véritable défi mais en même temps est le gage pour être légitime en tant que discipline scolaire.

Pour répondre à la problématique posé dans l'introduction, on distingue trois périodes qui vont amener l'EPS à dépasser la formation du citoyen et l'éducation des corps pour l'éducation de la personne. La première du début du XXème siècle jusqu'à la fin des années 1960 marque globalement la primauté de l'une ou l'autre voire des trois finalités mais de manière syncrétique aussi bien au niveau des textes officiels que dans la leçon d'EPS. La deuxième période de la fin des années 60 aux début des années 1980 se caractérise par une réflexion de ces différentes notions. Les bouleversements que connaît l'école et de la société dans cette période va amener de surcroît l'EPS à se centrer sur l'élève et sur son éducation globale. Néanmoins, cela ne va s'institutionnaliser qu'à partir du milieu des années 1980 avec l'apparition du concept de "compétence" qui est véritablement au cœur des programmes et de l'évaluation en EPS actuelle.

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