Les relations entre l'EPS et la santé de 1945 à nos jours

Auteurs25/06/2015

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L'éducation physique s'est toujours préoccupé de la santé des élèves. Du fait des enjeux sociétaux actuels, il semble que cet objectif prenne une acuité particulière. Vous expliciterez en quoi et comment l'éducation physique et sportive, depuis 1945, a rendu lisible sa contribution à l'atteinte de cet objectif.


Introduction

Primauté de l'objectif sanitaire

Primauté de l'objectif sanitaire dans les textes officiels

Primauté de l'objectif sanitaire dans la leçon

L’apparition d'une nouvelle conception de la santé

Le sport fait oublier la santé

Place secondaire de la santé dans les textes officiels


L’école a une double mission vis à vis de la santé des élèves. La première est le suivi des élèves qui comprend des bilans de santé assurés par les personnels de santé de l'Éducation nationale (médecins et infirmières scolaires). La seconde concerne l'éducation à la santé. Elle est du ressort de l’ensemble de la communauté éducative. Il associe les parents et les partenaires de l'Éducation nationale. L'Éducation Physique et Sportive, discipline scolaire qui enseigne les pratiques corporelles, joue un rôle majeur dans celle-ci. Parmi ses missions qui se veulent sanitaire, il y a enseigner une certaine hygiène de vie, prévenir des conduites à risque, responsabiliser les élèves face aux risques et promouvoir les activités physiques et sportives. Claude Pineau montre que l'EPS est une discipline d’enseignement qui permet d'acquérir une certaine culture des activités physique et sportives mais aussi et surtout elle vise « l’acquisition de connaissances et la construction et savoir permettant la gestion de la vie physique aux différents âges de son existence » (Introduction à une didactique de l’EP Dossier EPS n°8, 1990). Dès lors, la santé est une finalité importante de cette discipline. De quelle définition de la santé nous référons-nous? En 1946, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) la définit comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ». Nous verrons que la définition de la santé évoluera au fil de notre devoir. Le sujet interroge la lisibilité de cet objectif au sein de cette discipline d'enseignement. Dans ce devoir, nous retenons deux facteurs de lisibilité de la santé en EPS. Le premier est celui des textes officiels. Plus la santé a de poids dans ceux-ci, plus cet objectif devrait être important pour les enseignants d'EPS. Le second concerne la lisibilité de cet objectif pour les élèves. Elle concerne la place de celle-ci dans la leçon présentée. Elle est liée à l'interprétation de cet objectif dans les textes officiels par les enseignants d'EPS. Nous verrons le lien qu'entretient ces deux facteurs avec les enjeux sanitaires de la société. De quelle manière a évoluée la définition de la santé? Quelle est la lisibilité de l'objectif sanitaire pour les enseignants d'EPS (textes officiels) et les élèves (la leçon)? Celle lisibilité est-elle toujours une réponse aux préoccupations sanitaires de la société? Comment a évolué le poids et la nature de cet objectif sanitaire pour ces différents acteurs? L'objectif de la santé est-elle première en terme de finalités ou d'objectifs en EP? Enfin, est-ce que cette préoccupation sanitaire en EP n'est-elle pas aussi un moyen pour légitimer cette discipline scolaire?
Nous tenterons de démontrer que l’EP s'est toujours préoccupée de la santé et que sa lisibilité s'est faite dans un objectif de légitimation de la discipline. La lisibilité de cet objectif sanitaire en EPS a évolué en fonction des préoccupations sanitaires de la société. Elle était première des années 1945 jusqu'aux années 1950 pour répondre particulièrement aux conséquences causés par la deuxième guerre. Les textes officiels se caractérisent par une éducation sanitaire normative. Des années 1960 aux années 1980, la lisibilité de cet objectif était secondaire, derrière celle du sport. Des années 1980 à nos jours, la lisibilité de cet objectif s'est affirmé et s'est complexifié pour répondre à de nouvelles préoccupations sanitaires de la société. Pour répondre à cette problématique nous retiendrons trois analyseurs: les textes officiels (curriculum prescrit), la leçon (curriculum réel) et les enjeux de la société.

Dans cette partie nous montrerons que la lisibilité de cet objectif sanitaire était très importante au début des années 1945 aussi bien au niveau des textes officiels que de la leçon.

Les textes officiels sont les premières références pour les enseignants d'EPS pour construire leur leçon, du moins du point de vue institutionnel. Le poids d'une notion (qualité) et le nombre d’occurrence (quantité) dans les textes officiels sont les facteurs de la lisibilité de celle-ci pour le lecteur. Dans cette période les notions d'hygiène et de santé vont prendre une place très importante et être récurrent dans les textes officiels. Parmi ces textes, les instructions officiels (IO) sont primordiales pour les enseignants d'EPS. Deux Instructions officiels (IO) sont publiés sur cette période, le premier à la libération et le second à la fin des années 1950. Le premier objectif affiché dans les instructions officiels du 1er octobre 1945 est clairement sanitaire. Il s'agit du « développement normal de l'enfant; [de la] recherche des attitudes correctes; [et de l']amplitude respiratoire. Pour cette fin, il convient d'utiliser l'éducation physique et sportive dans son ensemble en la complétant, s'il y a lieu, par une gymnastique de maintien appropriée ». L'objectif est présenté comme s'il était destiné à un médecin avec ses termes techniques ("développement", "normal", "amplitude", "maintien"...). D'autre part, il est vivement conseillé d'utilisé la « gymnastique de maintien ». Elle consiste à réaliser des mouvements dosés et contrôlés souvent de type analytique (flexion du bras, circumduction de la nuque...) issus directement du domaine médicale. Elle vise le développement harmonieux du corps et la correction d'attitudes contraires à la morphologie et à la physiologie du corps. L'EP peut être comparé à la kinésithérapie. Même si ces IO invitent l'enseignant d'EPS de « laisser libre cours à sa personnalité et à son initiative » dans la choix de l'une ou l'autre méthode, la gymnastique de maintien est affiché malgré tout comme une méthode incontournable. D'ailleurs la remarque que « la gymnastique de maintien -. communément appelée corrective - doit trouver sa place dans le cadre des deux heures hebdomadaires » ne laisse aucune place à l'interprétation et invite fortement l'enseignant d'EPS à dispenser cette méthode. Le deuxième IO est celui de 1959. La lisibilité de la santé sur celui-ci est tout aussi importante que des les IO de 1945. Il réaffirme la leçon en deux parties: "une gymnastique construite" et "une gymnastique fonctionnelle". Cette continuité des objectifs sanitaire n'a plus le même sens que juste après la deuxième guerre mondiale où l'état sanitaire des français étaient très préoccupant. La France s'est reconstruite peu à peu et c'est le début de la période faste des Trente glorieuses (J. Fourastié, 1979). Le décalage entre ces IO, qui font une part très importante à une éducation sanitaire normative, et les enjeux sociétaux qui ont évolués en terme de santé peut être expliqué par l'influence dominante en EP de la Ligue Française d'Éducation Physique dirigé par Pierre Seurin. Celui-ci milite en faveur d'une gymnastique néo-suédoise qui n'est autre que la gymnastique construite présentée dans les IO. Dès lors, la préoccupation hygiénique est très lisible dans les IO mais ne correspond plus aux nouveaux enjeux sanitaires de la société. Ainsi à la fin des années 1950, la LFEP va peu à peu perdre de son influence ainsi que la conception de la santé qu'elle défend.

La leçon de gymnastique rend-elle aussi lisible les préoccupations sanitaires que le font les IO? Au début des années 1945, c'est certainement le cas. Les élèves sont divisés en différents groupes de niveaux à partir d'un diagnostique du médecin scolaire. Ils sont répartis en quatre groupes: groupe 1 en très bonne santé, groupe 2 avec les élèves moyens, groupe 3 et 4 ayant besoin d'une gymnastique corrective. C'est à partir de ces groupes que le maître de gymnastique dispense sa leçon. Pour les premiers groupes ce sera de la gymnastique de maintien et de la gymnastique fonctionnelle pour les derniers ce sera essentiellement de la gymnastique de maintien voire de la gymnastique corrective. La leçon est en trois parties: une mise en train, la leçon proprement dite et le retour au calme. Elle est progressive et elle est en accord avec les principes de physiologie dictés par la médecine (échauffement, dosage, contrôle...). Lors de la leçon, le maître donne des ordres et les élèves s'exécutent. Cet façon de procéder permet d'avoir un contrôle permanent sur les mouvement des écoliers et au besoin les corrigés. Notons qu'elle s'apparente à la relation qu'à un médecin avec son patient. Il demande de fléchir tel ou tel membre et le patient s’exécute. Cela va perduré jusque dans les années 1950 où la gymnastique néo-suédoise de Pierre Seurin continue ce modèle frontal.

L'éducation normative de la santé en EP va être contesté. Certains pédagogues vont revendiquer une pédagogie qui laisse plus d'espace et de liberté à l'élève. C'est ce qu'on appelle les méthodes actives. Elle confronte l'élève à un environnement particulier et c'est à l'élève de trouver des réponses adaptés. Ce courant de pensée est défendu notamment par Claparède, Monessori ou John Dewey. L'élève échappe au contrôle constant du professeur et se confronte à son environnement, à ses camarade. Cette manière de faire est très novatrice en terme de santé, d'une part la santé est conçu comme un processus d'adaptation à son environnement et d'autre part l'élève doit mobiliser intensément ses ressources physique et ne doit pas être forcément dans la retenue. L'idée qu'il y a derrière est que la gymnastique fonctionnelle c'est-à-dire les jeux et les sports doivent être premier en EP. D'ailleurs, à la fin des années 1950, le courant sportif en EP est de plus en plus populaire. Un des acteurs majeurs est Maurice Baquet qui au sein de l'ENSEP va promouvoir celui-ci.

Les années 1960 vont fortement réformer la lisibilité de la santé en EP. L'éducation normative de celle-ci n'est plus d'actualité. D'une part, elle va perdre de son hégémonie derrière celle du sport et elle va s'afficher comme étant davantage un processus d'adaptation à son milieu qu'une norme à atteindre.

La circulaire du 21 août 1962 sur " l'organisation des activités de sport: initiation, entraînement, compétition" fait suite à celles du 20 et 25 juin de 1959 qui donne une primauté aux activités sportives en EP. La lisibilité de la santé dans les IO est beaucoup moins importante qu'elle était jusqu'alors. L'acteur principal de cette réforme est Maurice Herzog nommé à la tête du Haut-Commissariat à la Jeunesse et aux sports en 1959. Il incarne la politique de grandeur du Général de Gaulle. L'idée est de faire briller la France sur la scène internationale et entre autres dans les compétitions sportives (Jeux Olympiques, Coupe du Monde). Ainsi, cela va se refléter dans les textes officiels. Aux circulaires citées précédemment on peut ajouter le décret du 28 août 1959 qui réforme le baccalauréat avec des épreuves sportives qui plus est, basé sur les tables de Letessier (1957). Elle font correspondre une performance à une note. Ce n'est plus la maîtrise du bon geste anatomiquement juste ou l'atteinte de bonnes mensurations corporelles qui est évaluée mais la performance sportive.

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